Vasile Rotaru

Elève-avocat diplômé de l’Ecole de droit de Sciences Po et de la Sorbonne, ancien étudiant de la Columbia Law School.

Radical Markets : abolir la propriété pour libérer le capitalisme

10/01/2020

La proposition libérale la plus radicale ? Abolir la propriété privée.

L'article d'origine est disponible sur le site du Groupe d'Etudes Géopolitiques à cette adresse / https://legrandcontinent.eu/fr/2019/12/25/radical-markets-abolir-la-propriete-pour-liberer-le-capitalisme/

 

Le constat maintes fois répété et à chaque fois surprenant des insuffisances du « système » et la recherche acharnée des solutions immédiates est le nouveau sport collectif des intellectuels. Il n’y a aucune raison pour que celui-ci soit réservé aux sceptiques des bienfaits de la main invisible. Le tour de force d’Eric Posner, Professeur de la Chicago Law School, et de l’économiste Glen Weyl, chercheur chez Microsoft, dans Radical Markets : Uprooting Capitalism and Democracy for a Just Society, en est la parfaite illustration. Où certains nous voient déjà abandonner le paradigme du marché libre, Posner et Weyl trouvent leur salut dans son extension à la société dans son ensemble. Dans cinq chapitres aussi déroutants que percutants, mélange savant de science-fiction et de philosophie politique, les deux auteurs proposent de réformer en profondeur le droit privé, le système électoral, le régime de l’immigration, le droit des sociétés et le régime des données personnelles, afin de combattre, tour à tour, toute trace de monopole. Ce bref compte-rendu n’ayant pas pour ambition de rendre justice à l’ensemble des combats menés dans Radical Markets, nous nous concentrerons dans ce qui suit sur la première et la plus radicale des propositions : abolir une bonne fois pour toutes la propriété privée et ce, pour déchaîner le marché libre.

 

La confiance de Posner et Weyl dans la supériorité des marchés sur les autres formes d’organisation sociale a de fortes connotations hayékiennes1 : l’interaction des agents dans les conditions d’un marché véritablement libre et à coûts transactionnels réduits est plus à même d’assurer l’agrégation optimale des préférences individuelles et de l’information idiosyncratique, permettant à terme l’allocation des ressources disponibles aux usages les plus créateurs de valeur dans l’économie. Si ces conditions étaient remplies, le théorème de Coase montre que la distribution initiale des droits n’aurait aucune importance, puisque les agents arriveraient à négocier de façon à obtenir une allocation efficiente des ressources2. Seulement, dans la vraie vie, les coûts transactionnels ne sont pas nuls et ce, selon les deux auteurs – qui prennent ainsi le contre-pied d’une certaine doxa économique – en grande partie à cause de l’existence même de la propriété privée.

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